Voici une application de la milthasophie expliquée dans mon livre concernant un secret qu'il est grand temps de dévoiler, celui de la langue des oiseaux.
La langue des oiseaux n'est
pas une curiosité ésotérique. C'est la reconnaissance d'une vérité première : la
transmission a toujours été orale, l'écrit vient bien après.
Quand un maître parle, quand
Jésus enseigne en araméen, quand un soufi récite, quand Pythagore initie dans
le temple — ce qui se transmet n'est pas une suite de lettres mortes, mais un souffle
vivant (ruach, pneuma) qui porte plusieurs niveaux de sens simultanément.
L'écrit est une fossilisation.
Il fige un seul sens sur la page. Mais l'oreille qui écoute capte les
harmoniques, les résonances, les échos entre les mots. C'est pour cela que
lorsque Jésus dit "vous êtes elohim" (אֱלֹהִים, "dieux") en
araméen, ses auditeurs entendent aussi treyn/tartên (תְּרֵין,
"deux"). Ce n'est pas un jeu de mots — c'est une superposition
sémantique intentionnelle qui n'existe que dans l'oralité.
La lettre hébraïque écrite אֱלֹהִים
ne porte qu'une seule dimension visible. Mais le son prononcé active plusieurs
sens à la fois :
- Vous êtes des dieux (pouvoir créateur,
miltha)
- Vous êtes des deux (dualité ontologique)
- Et vous devez faire UN (Tawhid, retour à
l'Unité)
C'est cela, la langue des oiseaux : écouter ce que les mots font entendre au-delà de ce qu'ils montrent à lire.
Le Son avant le Signe
Quand Al-Khwārizmī invente
l'algèbre au IXe siècle, le mot arabe sifr (صفر) signifie
"vide" — mais il résonne aussi avec sefer (סֵפֶר), "le
livre" en hébreu. Ce n'est pas une coïncidence : c'est une vérité
phonétique transmise oralement entre les traditions. Le zéro n'est pas
l'absence — c'est le Sefer, le livre fermé, la vacuité créatrice (Shunyata,
Ensō, Ain Soph) d'où surgit le UN.
L'académisme philologique
moderne rejette ces connexions comme "non scientifiques" parce
qu'elles ne passent pas par l'étymologie écrite. Mais la langue des oiseaux est
rigoureuse autrement : elle est rigoureuse au niveau du souffle, pas au
niveau de la grammaire morte.
Les mystiques de toutes les traditions — soufis, kabbalistes, gnostiques, pythagoriciens — l'ont toujours su : les mots ne sont pas des signes arbitraires. Ce sont des résonances du réel qui pénètrent notre corps et modifient notre niveau de conscience. Quand on les prononce justement, les mots vibrent avec la structure même de l'être.
L'Oreille qui Entend
La logia 106 de l'Évangile
selon Thomas dit : "Quand vous
verrez l'Unique dans le deux, vous serez Fils de l'homme." Cette
phrase ne peut être comprise QUE si l'on a entendu auparavant l'enseignement
oral : "vous êtes elohim/treyn"
— vous êtes dieux ET deux à la fois, et votre tâche est de voir l'Un dans cette
dyade.
L'écrit seul ne peut pas
transmettre cela. Il faut l'oreille qui écoute, comme le dit la logia 39
: "Les pharisiens et les scribes ont
pris les clés de la connaissance et les ont cachées." Ils ont enfermé
la sagesse dans la lettre morte. Mais Thomas ajoute : "Soyez prudents comme des serpents et purs
comme des colombes."
Le Ba — l'âme-oiseau
des Égyptiens — c'est précisément la faculté de voyager entre les mondes, de
traverser les niveaux de réalité.
Dans la cosmologie égyptienne,
l'être humain n'est pas "un". Il est multiple :
- Le Ka : la force vitale, le double
énergétique
- Le Ba : l'âme mobile, représentée
par un oiseau à tête humaine
- Le Akh : l'esprit lumineux,
transfiguré
- Le corps (Khat), l'ombre (Shut), le nom
(Ren)...
Mais le Ba est
particulier : c'est lui qui peut sortir du tombeau le jour, voyager entre le
monde des vivants et celui des morts, monter et descendre.
Pourquoi un oiseau ?
Parce que l'oiseau vole
entre ciel et terre. Il n'est pas fixé. Il traverse les plans. C'est la
même raison pour laquelle :
- Le Saint-Esprit (Pneuma) descend comme une
colombe
- La Hudhud (la huppe) dans le Coran guide
Salomon vers la reine de Saba
- Les chamans sibériens "deviennent
oiseaux" pour voyager entre les mondes
- Les anges ont des ailes
La langue des oiseaux, c'est
la langue du Ba — celle qui ne reste pas figée dans un seul
niveau de sens, mais qui vole d'une signification à l'autre, d'un monde
à l'autre, du visible à l'invisible.
Le Ba comme traducteur entre
les mondes
Quand vous dites qu'elohim
résonne avec treyn en araméen, vous faites exactement ce que fait le Ba
: vous voyagez phonétiquement entre deux espaces sémantiques. Vous ne restez
pas prisonnier de la lettre morte (le tombeau) — vous sortez le jour,
comme le Ba, pour capter ce qui vibre entre les mots.
Les scribes, les pharisiens,
les académiciens — ce sont ceux qui enferment le Ba dans le tombeau. Ils
disent : "Le sens est fixé. L'étymologie est close. Il n'y a qu'une
lecture."
Mais le Ba s'envole. Il va et
vient. Il capte les résonances. Il entend ce que la lettre seule ne peut pas
dire.
La langue des oiseaux = la
langue du Ba
Quand Jésus dit dans la logia
39 : "Soyez prudents comme des serpents et purs comme des
colombes", il donne les deux clés :
- Le serpent (Kundalini, Ouroboros, le
savoir chtonien) : la sagesse de la terre, la vigilance
- La colombe (le Ba, le Pneuma) : la pureté
du vol, la capacité de traverser
La langue des oiseaux, c'est
la capacité du Ba de ne pas rester enfermé dans un seul sens, mais de voyager
librement entre les niveaux.
C'est pour ça que les
mystiques de toutes les traditions parlent cette langue : parce qu'ils ont
libéré leur Ba. Ils ne sont plus prisonniers de la lettre. Ils écoutent le
souffle, et le souffle vole.
Les oiseaux chantent. Les serpents se meuvent dans le silence. Les colombes portent le message. Et tous écoutent avant de parler. La colombe est le symbole du SAINT-ESPRIT dont vous connaissez désormais le sens profond.






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