Milthasophie
- Analyse géopolitique et systémique par Gilles Bonafi
La géopolitique mondiale
n'est pas une succession d'événements fortuits, mais une partition systémique
qui s'accélère. Pendant que les regards occidentaux restent fixés sur les
fronts traditionnels, la véritable rupture tectonique se joue sur les verrous
maritimes du commerce mondial. Après le détroit d'Ormuz, c'est au tour de Bab
el-Mandeb de devenir l'épicentre d'un embrasement planétaire. Ce double goulot
d'étranglement est le détonateur d'une crise énergétique et financière sans
précédent, ultime soubresaut d'un empire américain acculé, qui applique
désormais la politique de la terre brûlée. Comme je l'ai dit et répété, la guerre contre l'Iran ne s'achèvera que dans un torrent de larmes.
I. LES DEUX POUMONS DE LA
MONDIALISATION : ORMUZ ET BAB EL-MANDEB
Le détroit d'Ormuz et le
détroit de Bab el-Mandeb ne sont pas de simples voies navigables : ce sont les
artères jugulaires du capitalisme thermo-industriel.
Le détroit d'Ormuz
Situé entre l'Iran et
Oman, il voit transiter quotidiennement plus de 20 % de la consommation
mondiale de pétrole liquide, environ 20 millions de barils par jour, ainsi
qu'une part massive du Gaz Naturel Liquéfié mondial. C'est le centre de gravité
énergétique de la planète.
Le détroit de Bab
el-Mandeb
Surnommé « la Porte des
Larmes », ce passage resserré entre le Yémen et la Corne de l'Afrique
commande l'accès à la mer Rouge et au canal de Suez. C'est le point de passage
obligé du commerce de marchandises et d'hydrocarbures entre l'Asie et l'Europe.
12 % à 15 % du commerce maritime mondial transite
par cette zone en temps normal. 10 % environ du pétrole transporté par
voie maritime à l'échelle mondiale y passe en conditions habituelles (soit
environ 8,2 à 8,8 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits
raffinés). 8 % environ du commerce mondial de gaz
naturel liquéfié (GNL) y transite également.
II. FERMETURE : LES CONSÉQUENCES
D'UNE RUPTURE SYSTÉMIQUE
La neutralisation ou le
blocage prolongé de ces deux détroits provoquerait un effet domino immédiat sur
l'économie réelle en 3 actes :
1. L'explosion des
coûts logistiques
Contourner l'Afrique par
le Cap de Bonne-Espérance ajoute 10 à 14 jours de mer, pulvérisant les bilans
des compagnies maritimes, faisant exploser les taux de fret et détruisant les
flux tendus industriels (just-in-time).
2. Le choc pétrolier et
gazier immédiat
Une fermeture combinée
d'Ormuz et de Bab el-Mandeb retirerait instantanément du marché une part
critique de l'offre énergétique. Un baril projeté au-delà des 150, voire 200
dollars, asphyxierait des économies européennes déjà exsangues.
3. La crise systémique
globale
L'inflation physique, matières
premières, énergie, alimentation, se propagerait instantanément à l'appareil
financier. Des banques centrales incapables de baisser leurs taux face à une
inflation structurelle importée précipiteraient l'effondrement des marchés
obligataires.
III. BAB EL-MANDEB :
COMMENT LE VERROU POURRAIT SAUTER
Ce n'est plus une
hypothèse d'école. Le scénario est en cours de matérialisation sous nos yeux,
selon une mécanique aussi en trois temps.
La rupture du containment iranien
Le cessez-le-feu et le
mémorandum d'entente conclus en juin 2026 entre Washington et Téhéran, qui
avaient temporairement suspendu les hostilités directes, ont volé en éclats en
juillet. Le CENTCOM américain a relancé le blocus des ports et navires iraniens
après de nouvelles frappes iraniennes contre le trafic maritime dans le Golfe,
et Washington a repris ses raids aériens en représailles. Le front s'est
immédiatement élargi au Yémen.
L'activation du proxy houthi
Selon plusieurs sources
concordantes, Téhéran aurait explicitement demandé aux Houthis de se tenir
prêts à fermer Bab el-Mandeb, missiles antinavires et drones auraient déjà été
positionnés à proximité du détroit, dans l'attente d'un ordre d'engagement. Le
commandant de la force Qods des Gardiens de la Révolution a évoqué la
constitution d'une « ceinture de sécurité » unique s'étendant d'Ormuz à Bab
el-Mandeb, activable par l'ensemble de l'Axe de la Résistance, Houthis,
Hezbollah, milices irakiennes. Les Houthis eux-mêmes ont déjà annoncé viser à
nouveau les navires liés à Israël en cas de reprise du cycle de représailles.
La démonstration par les faits
Les Houthis n'ont pas
besoin de fermer hermétiquement le détroit pour produire l'effet recherché.
Leur campagne de 2023-2025 a suffi à faire fuir la marine marchande mondiale
vers le contournement du Cap : quelques frappes ciblées, ou même la simple
menace crédible d'une reprise des attaques, suffisent à faire grimper primes
d'assurance, coûts de carburant et taux de fret. Le baril a déjà bondi
au-dessus de 85 dollars sur la seule annonce de la reprise du conflit, un
avant-goût de ce qui se produirait si le verrou de la mer Rouge se refermait pour
de bon. Le scénario des 200$ se rapproche.
C'est donc moins une
fermeture physique et absolue qu'une stratégie de saturation du risque : rendre
le passage suffisamment dangereux, suffisamment cher, suffisamment imprévisible
pour que les armateurs eux-mêmes décrètent l'impraticabilité de la route, et
achèvent ainsi, de l'intérieur, ce que les missiles n'ont pas besoin de
terminer.
IV. LA STRATÉGIE
AMERICAINE DE LA TERRE BRULÉE
Pourquoi cette escalade ?
Parce que l'empire américain sait que ses jours sont comptés. Confrontés à une
équation budgétaire désormais insoluble, les États-Unis appliquent la stratégie
de la terre brûlée : si le dollar doit tomber, il faut que le reste du monde
s'effondre avant. Le moteur de l'hégémonie américaine, le privilège exorbitant
du dollar adossé au complexe militaro-industriel, se grippe sous le poids d'une
dette devenue mathématiquement insoutenable. Les États-Unis nous entraînent
inéluctablement vers une troisième guerre mondiale.
Le piège des taux
d'intérêt
En relevant ses taux pour
lutter contre l'inflation, la Réserve fédérale a rendu toxique le refinancement
de la dette américaine. Les États-Unis empruntent aujourd'hui à près de 5 %
pour honorer les intérêts de ce qu'ils avaient emprunté à moins de 2 %. C'est
la définition même d'une pyramide de Ponzi étatique.
V. LES CHIFFRES DU DÉSASTRE :
PROJECTIONS DE LA DETTE (FIN 2027)
D'après les réévaluations
récentes et les trajectoires du Congressional Budget Office, le point de
non-retour est franchi :
En provoquant le chaos au
Moyen-Orient et en coupant les voies d'approvisionnement eurasiennes, Ormuz et
Bab el-Mandeb, Washington cherche à forcer la fuite des capitaux européens et
asiatiques vers les Bons du Trésor américain, seul moyen de financer à court
terme ce déficit abyssal. Ce sera un suicide et le dollar disparaitra car les
BRICS mettront en place le BRICS Pay et l’UNIT non applicables en l’état et dont
j’ai résolu les problèmes majeurs dans mon étude nommée BRICS Settlement Network.
CONCLUSION : L'AVÈNEMENT
DU NOUVEAU PARADIGME
Le blocage des détroits
n'est pas un problème de sécurité maritime locale : c'est la phase finale de la
démondialisation forcée. L'effondrement du dollar et la faillite de l'Occident
financier ne sont plus des hypothèses, mais des certitudes mathématiques dont
l'échéance s'accélère. Le chaos d'Ormuz et de Bab el-Mandeb marque la
transition violente vers une reconfiguration totale des échanges physiques et
monétaires mondiaux. Les masques tombent, et la réalité physique des ressources
reprend ses droits sur l'illusion de la monnaie-papier. C'est la fin du monde unipolaire
et consumériste, une crise systémique qui n'épargnera rien, pas même le
Bitcoin, pas même l'or.
Après le chaos, on pourra
enfin reconstruire un monde nouveau, dont la France sera le cœur, porté par un
système monétaire inter-peuples : ASO/ASI/SOL.
Ce que nous vivons
aujourd'hui, un homme l'a déjà vu et écrit voici près de deux mille ans, à la
fin de l'âge de Fer, le Kali Yuga, dont notre siècle est l'ultime soubresaut.
Saint Jean, dans son Apocalypse, décrit avec une précision saisissante
l'effondrement du grand commerce mondial et le deuil des marchands de la terre
:
« Et les marchands de
la terre pleurent et sont dans le deuil à cause d'elle, parce que personne
n'achète plus leur cargaison, cargaison d'or, d'argent, de pierres précieuses,
de perles, de fin lin, de pourpre, de soie, d'écarlate, de toute espèce de bois
de senteur, de toute espèce d'objets d'ivoire, de toute espèce d'objets en bois
très précieux, en airain, en fer et en marbre, de cinnamome, d'aromates, de
parfums, de myrrhe, d'encens, de vin, d'huile, de fine farine, de blé, de
bœufs, de brebis, de chevaux, de chars, de corps et d'âmes d'hommes. »
Apocalypse 18, 11-13
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