samedi 25 juillet 2026

LA PORTE DES LARMES : APRÈS ORMUZ, BAB EL-MANDEB

Milthasophie - Analyse géopolitique et systémique par Gilles Bonafi


La géopolitique mondiale n'est pas une succession d'événements fortuits, mais une partition systémique qui s'accélère. Pendant que les regards occidentaux restent fixés sur les fronts traditionnels, la véritable rupture tectonique se joue sur les verrous maritimes du commerce mondial. Après le détroit d'Ormuz, c'est au tour de Bab el-Mandeb de devenir l'épicentre d'un embrasement planétaire. Ce double goulot d'étranglement est le détonateur d'une crise énergétique et financière sans précédent, ultime soubresaut d'un empire américain acculé, qui applique désormais la politique de la terre brûlée. Comme je l'ai dit et répété, la guerre contre l'Iran ne s'achèvera que dans un torrent de larmes.

 

 

I. LES DEUX POUMONS DE LA MONDIALISATION : ORMUZ ET BAB EL-MANDEB

 

Le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb ne sont pas de simples voies navigables : ce sont les artères jugulaires du capitalisme thermo-industriel.

 

Le détroit d'Ormuz

Situé entre l'Iran et Oman, il voit transiter quotidiennement plus de 20 % de la consommation mondiale de pétrole liquide, environ 20 millions de barils par jour, ainsi qu'une part massive du Gaz Naturel Liquéfié mondial. C'est le centre de gravité énergétique de la planète.

 

Le détroit de Bab el-Mandeb

Surnommé « la Porte des Larmes », ce passage resserré entre le Yémen et la Corne de l'Afrique commande l'accès à la mer Rouge et au canal de Suez. C'est le point de passage obligé du commerce de marchandises et d'hydrocarbures entre l'Asie et l'Europe. 12 % à 15 % du commerce maritime mondial transite par cette zone en temps normal. 10 % environ du pétrole transporté par voie maritime à l'échelle mondiale y passe en conditions habituelles (soit environ 8,2 à 8,8 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits raffinés). 8 % environ du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) y transite également.

 

II. FERMETURE : LES CONSÉQUENCES D'UNE RUPTURE SYSTÉMIQUE

 

La neutralisation ou le blocage prolongé de ces deux détroits provoquerait un effet domino immédiat sur l'économie réelle en 3 actes :

 

1. L'explosion des coûts logistiques

Contourner l'Afrique par le Cap de Bonne-Espérance ajoute 10 à 14 jours de mer, pulvérisant les bilans des compagnies maritimes, faisant exploser les taux de fret et détruisant les flux tendus industriels (just-in-time).

 

2. Le choc pétrolier et gazier immédiat

Une fermeture combinée d'Ormuz et de Bab el-Mandeb retirerait instantanément du marché une part critique de l'offre énergétique. Un baril projeté au-delà des 150, voire 200 dollars, asphyxierait des économies européennes déjà exsangues.

 

3. La crise systémique globale

L'inflation physique, matières premières, énergie, alimentation, se propagerait instantanément à l'appareil financier. Des banques centrales incapables de baisser leurs taux face à une inflation structurelle importée précipiteraient l'effondrement des marchés obligataires.

 

III. BAB EL-MANDEB : COMMENT LE VERROU POURRAIT SAUTER

 

Ce n'est plus une hypothèse d'école. Le scénario est en cours de matérialisation sous nos yeux, selon une mécanique aussi en trois temps.

 

La rupture du containment iranien

Le cessez-le-feu et le mémorandum d'entente conclus en juin 2026 entre Washington et Téhéran, qui avaient temporairement suspendu les hostilités directes, ont volé en éclats en juillet. Le CENTCOM américain a relancé le blocus des ports et navires iraniens après de nouvelles frappes iraniennes contre le trafic maritime dans le Golfe, et Washington a repris ses raids aériens en représailles. Le front s'est immédiatement élargi au Yémen.

 

L'activation du proxy houthi

Selon plusieurs sources concordantes, Téhéran aurait explicitement demandé aux Houthis de se tenir prêts à fermer Bab el-Mandeb, missiles antinavires et drones auraient déjà été positionnés à proximité du détroit, dans l'attente d'un ordre d'engagement. Le commandant de la force Qods des Gardiens de la Révolution a évoqué la constitution d'une « ceinture de sécurité » unique s'étendant d'Ormuz à Bab el-Mandeb, activable par l'ensemble de l'Axe de la Résistance, Houthis, Hezbollah, milices irakiennes. Les Houthis eux-mêmes ont déjà annoncé viser à nouveau les navires liés à Israël en cas de reprise du cycle de représailles.

 

La démonstration par les faits

Les Houthis n'ont pas besoin de fermer hermétiquement le détroit pour produire l'effet recherché. Leur campagne de 2023-2025 a suffi à faire fuir la marine marchande mondiale vers le contournement du Cap : quelques frappes ciblées, ou même la simple menace crédible d'une reprise des attaques, suffisent à faire grimper primes d'assurance, coûts de carburant et taux de fret. Le baril a déjà bondi au-dessus de 85 dollars sur la seule annonce de la reprise du conflit, un avant-goût de ce qui se produirait si le verrou de la mer Rouge se refermait pour de bon. Le scénario des 200$ se rapproche.

C'est donc moins une fermeture physique et absolue qu'une stratégie de saturation du risque : rendre le passage suffisamment dangereux, suffisamment cher, suffisamment imprévisible pour que les armateurs eux-mêmes décrètent l'impraticabilité de la route, et achèvent ainsi, de l'intérieur, ce que les missiles n'ont pas besoin de terminer.

 

 

IV. LA STRATÉGIE AMERICAINE DE LA TERRE BRULÉE

 

Pourquoi cette escalade ? Parce que l'empire américain sait que ses jours sont comptés. Confrontés à une équation budgétaire désormais insoluble, les États-Unis appliquent la stratégie de la terre brûlée : si le dollar doit tomber, il faut que le reste du monde s'effondre avant. Le moteur de l'hégémonie américaine, le privilège exorbitant du dollar adossé au complexe militaro-industriel, se grippe sous le poids d'une dette devenue mathématiquement insoutenable. Les États-Unis nous entraînent inéluctablement vers une troisième guerre mondiale.

 

Le piège des taux d'intérêt

 

En relevant ses taux pour lutter contre l'inflation, la Réserve fédérale a rendu toxique le refinancement de la dette américaine. Les États-Unis empruntent aujourd'hui à près de 5 % pour honorer les intérêts de ce qu'ils avaient emprunté à moins de 2 %. C'est la définition même d'une pyramide de Ponzi étatique.

 

V. LES CHIFFRES DU DÉSASTRE : PROJECTIONS DE LA DETTE (FIN 2027)

 

D'après les réévaluations récentes et les trajectoires du Congressional Budget Office, le point de non-retour est franchi :



En provoquant le chaos au Moyen-Orient et en coupant les voies d'approvisionnement eurasiennes, Ormuz et Bab el-Mandeb, Washington cherche à forcer la fuite des capitaux européens et asiatiques vers les Bons du Trésor américain, seul moyen de financer à court terme ce déficit abyssal. Ce sera un suicide et le dollar disparaitra car les BRICS mettront en place le BRICS Pay et l’UNIT non applicables en l’état et dont j’ai résolu les problèmes majeurs dans mon étude nommée BRICS Settlement Network.

 

 

CONCLUSION : L'AVÈNEMENT DU NOUVEAU PARADIGME

 

Le blocage des détroits n'est pas un problème de sécurité maritime locale : c'est la phase finale de la démondialisation forcée. L'effondrement du dollar et la faillite de l'Occident financier ne sont plus des hypothèses, mais des certitudes mathématiques dont l'échéance s'accélère. Le chaos d'Ormuz et de Bab el-Mandeb marque la transition violente vers une reconfiguration totale des échanges physiques et monétaires mondiaux. Les masques tombent, et la réalité physique des ressources reprend ses droits sur l'illusion de la monnaie-papier. C'est la fin du monde unipolaire et consumériste, une crise systémique qui n'épargnera rien, pas même le Bitcoin, pas même l'or.

 

Après le chaos, on pourra enfin reconstruire un monde nouveau, dont la France sera le cœur, porté par un système monétaire inter-peuples : ASO/ASI/SOL.

Ce que nous vivons aujourd'hui, un homme l'a déjà vu et écrit voici près de deux mille ans, à la fin de l'âge de Fer, le Kali Yuga, dont notre siècle est l'ultime soubresaut. Saint Jean, dans son Apocalypse, décrit avec une précision saisissante l'effondrement du grand commerce mondial et le deuil des marchands de la terre :

 

« Et les marchands de la terre pleurent et sont dans le deuil à cause d'elle, parce que personne n'achète plus leur cargaison, cargaison d'or, d'argent, de pierres précieuses, de perles, de fin lin, de pourpre, de soie, d'écarlate, de toute espèce de bois de senteur, de toute espèce d'objets d'ivoire, de toute espèce d'objets en bois très précieux, en airain, en fer et en marbre, de cinnamome, d'aromates, de parfums, de myrrhe, d'encens, de vin, d'huile, de fine farine, de blé, de bœufs, de brebis, de chevaux, de chars, de corps et d'âmes d'hommes. »

Apocalypse 18, 11-13

 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire