Note de conception
institutionnelle
4 Janvier 2026
Gilles Bonafi
Résumé exécutif
Le présent document décrit le BRICS
Settlement Network (BSN), une infrastructure de règlement multilatéral
conçue pour compléter les systèmes de paiement internationaux existants. Le BSN
repose sur un actif de règlement collatéralisé, dénommé UNIT, destiné exclusivement
aux opérations interbancaires et interbancaires centrales. Il s’inscrit dans un
contexte de transformation profonde de l’architecture monétaire internationale,
consécutive aux déséquilibres accumulés depuis plusieurs décennies.
Le BSN ne constitue ni une
institution financière, ni une autorité monétaire supranationale. Il ne dispose
d’aucun bilan, n’octroie aucun crédit et n’émet aucune dette. Il fournit un cadre
technique et juridique permettant le règlement brut en temps réel (RTGS)
d’opérations internationales, adossé à des réserves réelles conservées par les
banques centrales participantes.
Cette architecture vise à :
- renforcer
la résilience des règlements transfrontaliers,
- réduire
les risques de règlement et de liquidité,
- améliorer la neutralité opérationnelle du
système international de paiements,
- assurer la continuité des échanges
essentiels en période de stress systémique.
Introduction
Comme
je l’ai annoncé en ce début d’année, 2026 marque l’entrée dans une crise
systémique majeure — non pas une crise conjoncturelle de plus, mais
l’aboutissement logique d’un système arrivé à ses limites structurelles. La
crise financière de 2008 n’a jamais été résolue ; elle a été différée, absorbée
et amplifiée par une accumulation sans précédent de dettes publiques et
privées, par une expansion monétaire continue et par une financiarisation
croissante de l’économie réelle.
Comme
je l’ai expliqué dans mon ouvrage La
fin de la science économique, le début de l’âge d’or, la crise qui se
profile n’est donc pas une répétition des cycles économiques passés, mais la
fin d’une architecture monétaire internationale spécifique, celle qui s’est
imposée depuis la rupture de 1971 et l’abandon définitif de l’étalon-or. Depuis
lors, le système repose sur des fondements intrinsèquement instables :
monnaie-dette créée ex nihilo, dépendance à la confiance politique,
extraterritorialité juridique, et usage croissant de la monnaie comme
instrument de puissance géopolitique.
Les
crises successives — financières, énergétiques, sanitaires et géopolitiques —
ne constituent pas des anomalies. Elles sont les manifestations visibles d’un
déséquilibre structurel entre un système monétaire globalisé et une économie
mondiale devenue multipolaire.
Dans
ce contexte, il est hautement probable que les pays des BRICS et leurs
partenaires engagent des mécanismes de protection face aux ruptures de
liquidité, aux risques de sanctions et à l’instabilité croissante du système de
règlement international actuel. Cet article expose ce qui constitue, à mes
yeux, la mesure la plus structurante de cette stratégie de protection : la mise
en place d’un nouveau système de règlement monétaire international, fondé non
sur la dette et la confiance politique, mais sur la preuve d’actifs réels et
sur une infrastructure techniquement neutre.
Les
projets Axis Settlement Orbis (ASO) et Axis Stability Interface (ASI)
constituent le cadre conceptuel et opérationnel au sein duquel s’inscrit la
proposition présentée dans cet article.Ils ne proposent pas une réforme
marginale de l’ordre existant, mais un changement de paradigme : passer d’un
système monétaire fondé sur la promesse et l’intermédiation à une
infrastructure de règlement fondée sur la collatéralisation, la transparence
algorithmique et la souveraineté architecturale des États.
Enfin, ce cadre conceptuel est aussi le produit d’une réflexion plus large, que je désigne sous le terme de milthasophie : une réconciliation entre la rigueur scientifique, la compréhension systémique des infrastructures humaines, et la spiritualité, une approche plus profonde du sens, de la stabilité et de la responsabilité collective. Dans cette perspective, la monnaie n’est plus seulement un outil économique, mais un instrument structurant de civilisation, dont l’architecture conditionne durablement l’équilibre des sociétés.
1. Contexte et justification
Le système international de
paiements repose aujourd’hui sur une combinaison de :
- messageries
financières,
- chaînes
de correspondants bancaires,
- actifs
de règlement majoritairement fondés sur la dette souveraine.
Ce modèle a démontré son
efficacité en période de stabilité, mais présente des vulnérabilités
structurelles :
- délais
de règlement prolongés,
- concentration
des risques opérationnels,
- exposition
aux ruptures de liquidité et aux fragmentations géopolitiques.
Dans ce contexte, plusieurs
initiatives récentes (notamment les projets de ponts multi-CBDC) explorent des infrastructures
de règlement direct, distinctes des mécanismes traditionnels de
correspondance bancaire.
Le BSN s’inscrit dans cette
dynamique comme une infrastructure complémentaire, sans vocation à
remplacer les systèmes existants.
2. Nature et portée du BSN
2.1 Statut institutionnel
Le BSN est une infrastructure
de marché, et non une entité financière. Il se caractérise par les
principes suivants :
- absence
de personnalité bancaire,
- absence
d’effet de levier,
- neutralité
comptable et monétaire.
Le réseau ne détient pas les
actifs qui sous-tendent les règlements. Ceux-ci restent conservés et
administrés par les banques centrales nationales, conformément à leurs
cadres juridiques respectifs.
2.2 Champ d’application
Le BSN est destiné :
- aux
règlements interbancaires centraux,
- aux
paiements transfrontaliers liés au commerce international,
- en
priorité aux échanges de matières premières stratégiques.
Il n’est pas destiné à un usage de détail.
3. L’UNIT : actif de règlement
3.1 Définition
L’UNIT est un actif
numérique de règlement, juridiquement sui generis, représentant une créance
directe et temporaire sur un ensemble d’actifs réels immobilisés par une banque
centrale participante.
L’UNIT :
- n’est
pas une monnaie fiduciaire,
- ne
constitue pas une dette du BSN,
- n’implique aucun engagement de
convertibilité automatique par une entité centrale.
3.2 Collatéralisation
Chaque UNIT émis est
intégralement adossé à des actifs immobilisés, comprenant :
- or et argent physique,
- devises
de référence d’un panier multilatéral,
- matières premières standardisées,
sous conditions strictes de vérification.
Les actifs restent localisés dans les juridictions
nationales et font l’objet :
- d’audits
croisés entre banques centrales,
- de
mécanismes de preuve cryptographique attestant de leur immobilisation.
4. Mécanisme d’émission et d’extinction
4.1 Émission (Mint)
L’émission d’UNIT est
déclenchée à l’initiative d’une banque centrale participante, selon un
processus entièrement automatisé :
- Immobilisation
d’actifs éligibles par la banque centrale.
- Validation
de la preuve de réserve.
- Génération
automatique d’UNIT via un smart contract.
- Crédit
des UNIT sur le compte de règlement de la banque centrale.
Ce mécanisme garantit que
toute création d’UNIT correspond à une immobilisation préalable d’actifs réels.
4.2 Extinction (Burn)
Lorsqu’une banque centrale restitue des UNIT :
- les
jetons sont détruits,
- l’immobilisation
des actifs correspondants est levée.
Ce processus assure la neutralité nette du système
sur le long terme.
5. Stabilité de la valeur
5.1 Panier de référence
La valeur de l’UNIT est indexée sur un panier comprenant :
- une
composante significative d’or physique et d'argent
- un
ensemble de devises représentatives des économies participantes.
Des règles de pondération maximales sont prévues afin
d’éviter toute concentration excessive sur une devise unique.
5.2 Corridor de fluctuation
Un mécanisme de corridor de prix est intégré :
- les
écarts limités sont tolérés,
- des ajustements automatiques de coûts
d’émission et d’extinction contribuent à stabiliser la valeur autour du
panier.
Aucune intervention discrétionnaire n’est requise.
6. Infrastructure technique
Le BSN repose sur une technologie
de registre distribué permissionné, caractérisée par :
- validation
par les banques centrales participantes,
- finalité
rapide des transactions,
- transparence
du registre pour les autorités compétentes.
Le modèle de consensus est conçu pour combiner :
- efficacité
opérationnelle,
- sécurité
cryptographique,
- gouvernance
multilatérale.
7. Gouvernance
La gouvernance du BSN repose sur :
- un
conseil des banques centrales participantes,
- des
règles de décision à super-majorité qualifiée,
- une
pondération reflétant à la fois l’engagement en collatéral et l’activité
de règlement.
Les évolutions du protocole
sont soumises à des procédures formalisées garantissant la stabilité et la
prévisibilité du cadre.
8. Gestion des risques
Les principaux risques
identifiés (opérationnels, juridiques, de valorisation) sont atténués par :
- l’absence
de bilan central,
- la
collatéralisation intégrale,
- la
localisation nationale des actifs,
- la
séparation stricte entre infrastructure et politique monétaire.
Le BSN n’élimine pas les risques macroéconomiques globaux, mais vise à réduire les risques de règlement et de liquidité transfrontalière.
9. Conclusion
Le BRICS Settlement Network
constitue une infrastructure de règlement multilatéral complémentaire,
conçue pour renforcer la robustesse du système international de paiements.
En fournissant un mécanisme de
règlement direct, collatéralisé et multilatéral, le BSN offre une option
opérationnelle supplémentaire aux banques centrales, en particulier dans des
environnements caractérisés par une volatilité accrue ou une fragmentation des
flux financiers internationaux. Dans un contexte où l’architecture monétaire
héritée de l’après-1971 montre des signes d’épuisement structurel, le BSN
constitue une réponse pragmatique, non idéologique, à un monde devenu
durablement multipolaire.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire