INTRODUCTION
Depuis
plusieurs années j’avance une thèse simple mais dérangeante : le système
financier occidental est entré dans une phase de dissolution. Depuis
la crise de 2008, l’expansion financière mondiale a été soutenue par trois
piliers principaux : l’expansion monétaire massive, les taux d’intérêt artificiellement
bas et l’illusion d’une liquidité permanente. Ces
mécanismes ont permis de repousser dans le temps les déséquilibres structurels
du système. Ils n’ont jamais supprimé ces déséquilibres. L’épisode très récent concernant le fonds HLEND de BlackRock constitue un révélateur. Ce n’est
pas en soi une crise systémique. Mais c’est une fissure visible dans un système
qui repose largement sur une promesse implicite : celle d’une liquidité
toujours disponible.
Or cette liquidité n’existe
que tant que peu d’investisseurs souhaitent la réclamer simultanément.
LE
CAS HLEND : LA FIN DE L’ILLUSION DE LIQUIDITÉ
Le
fonds HPS Corporate Lending Fund, connu sous le nom HLEND, géré par BlackRock
après l’acquisition d’HPS Investment Partners, représente environ 26 milliards
de dollars d’actifs investis dans des prêts directs à des entreprises de taille
intermédiaire.
En
mars 2026, les demandes de retrait des investisseurs ont atteint environ 9,3 %
des actifs du fonds, dépassant la limite de rachat trimestrielle de 5 % prévue
dans sa structure. Environ 1,2 milliard de dollars ont été demandés en
retraits. Le fonds a pu verser environ 620 millions de dollars. Le reste des
demandes a été reporté au trimestre suivant. Ce mécanisme était prévu
contractuellement. Mais il révèle une réalité fondamentale du système financier
contemporain : la liquidité promise aux investisseurs est souvent une liquidité
conditionnelle.
Lorsque les demandes de sortie
dépassent un certain seuil, la promesse de liquidité se transforme en attente
organisée.
LE
MISMATCH STRUCTUREL
Le
problème est structurel. Les
prêts détenus par les fonds de crédit privé sont par nature illiquides. Ils
sont généralement accordés pour des durées de cinq à sept ans et ne disposent
pas d’un marché secondaire profond. Pourtant,
ces fonds offrent aux investisseurs des fenêtres de sortie régulières. Le
système repose donc sur un décalage fondamental : des actifs illiquides
financés par des capitaux qui peuvent théoriquement se retirer à court terme.
Tant que les flux restent
favorables, ce modèle fonctionne. Lorsque la confiance se fragilise, les
limites apparaissent immédiatement.
LA
DEPOSSÉSSION DE L’ÉPARGNANT
Dans
un système financier classique, l’épargnant est propriétaire de son capital. Dans
le système actuel, il devient progressivement un créancier conditionnel. Son
droit de récupérer son argent dépend non seulement de la valeur des actifs mais
aussi du comportement collectif des autres investisseurs. Lorsque les retraits
dépassent certaines limites, le système suspend ou étale les sorties afin de
préserver sa stabilité.
L’épargnant découvre alors que
la liquidité qu’on lui promettait n’était pas une propriété, mais une
possibilité dépendant des conditions du marché.
VERS
UN CAPITALISME DE SÉQUESTRE
Cette
évolution révèle une transformation plus profonde. Dans un système en
expansion, le capital circule librement. Les flux financiers permettent de refinancer
les dettes et d’honorer les engagements.
Dans
un système saturé, la logique change. Les flux deviennent insuffisants pour
satisfaire toutes les promesses simultanément. Le système doit alors organiser
la gestion de la rareté. Les mécanismes de limitation de retrait, de report ou
de suspension deviennent des outils de stabilisation.
Ce phénomène pourrait être
interprété comme l’émergence d’un capitalisme de séquestre : un système dans
lequel la circulation du capital devient progressivement contrôlée et
contrainte.
LE
POINT LE PLUS FRAGILE DU SYSTÈME : LA DETTE AMÉRICAINE
Derrière
ces tensions apparaît un problème beaucoup plus vaste : le financement de la
dette publique américaine. Les États-Unis doivent refinancer chaque année
plusieurs milliers de milliards de dollars de dette arrivant à maturité. La
charge d’intérêt fédérale a fortement augmenté et approchera le
trillion de dollars par an cette année.
Pendant
longtemps, cette dette a été absorbée par trois acheteurs principaux :
-les
banques centrales étrangères
-la
Réserve fédérale
-les
banques commerciales américaines
Aujourd’hui ces trois
acheteurs historiques se retirent progressivement.
LA
MUTATION DU MARCHÉ DES TREASURIES
Dans
le même temps, un phénomène nouveau est apparu. Une part croissante de la dette
américaine est désormais détenue par des fonds d’investissement gérés par les grands
gestionnaires d’actifs. BlackRock, Vanguard et quelques autres gèrent ensemble
plusieurs milliers de milliards de dollars d’obligations souveraines
américaines à travers leurs fonds et leurs ETF. Or ces fonds sont des
structures ouvertes. Les investisseurs peuvent y entrer ou en sortir
relativement rapidement. Autrement dit, une part croissante de la dette
publique américaine est désormais détenue dans des véhicules dont la stabilité
dépend du comportement des investisseurs.
Ce changement modifie
profondément la nature du marché obligataire.
UNE
CONCENTRATION SANS PRÉCÉDENT
Les
plus grands gestionnaires d’actifs mondiaux contrôlent aujourd’hui des volumes
de capital colossaux. BlackRock gère à
lui seul plus de dix mille milliards de dollars d’actifs. Vanguard et State
Street contrôlent également plusieurs milliers de milliards. Ces institutions
sont devenues des infrastructures centrales du capitalisme financier
contemporain.
Leur rôle dépasse largement
celui de simples gestionnaires d’épargne.
ALADDIN
ET LA GESTION SYSTÉMIQUE DU RISQUE
Dans
ce nouveau paysage financier, certaines infrastructures jouent un rôle central.
Le système de gestion des risques Aladdin, développé par BlackRock, est
aujourd’hui utilisé par de nombreuses institutions financières dans le monde. Cet
outil permet d’analyser les portefeuilles, les expositions et les scénarios de
marché à très grande échelle.
Dans
un système financier extrêmement complexe et interconnecté, ces infrastructures
deviennent des centres de coordination implicites du capital mondial. Elles ne
contrôlent pas seules le système, mais elles participent à l’organisation de sa
gestion du risque.
Aladdin est devenu le génie
malfaisant de la pierre noire (BlackRock)…
LE
MUR IMMOBILIER COMMERCIAL
Ces
tensions apparaissent dans un environnement financier déjà fragile. Le marché
immobilier commercial américain fait face à un mur de refinancement important.
Les estimations situent autour de 900 à 1000 milliards de dollars les prêts
immobiliers commerciaux arrivant à maturité en 2026.
Une
partie de ces prêts a déjà été prolongée ces dernières années dans une logique
souvent décrite comme extend and pretend
: repousser les échéances pour éviter de reconnaître immédiatement les pertes.
La hausse des taux d’intérêt
et la baisse de la valeur de certains actifs, notamment dans le secteur des
bureaux, transforment ces refinancements en véritable casse-tête.
DIMENSION
MILTHASOPHIQUE
Au-delà
de l’analyse économique, ces transformations peuvent être interprétées dans une
perspective historique plus large. La
milthasophie propose une lecture des cycles historiques dans lesquels les
structures économiques et politiques passent par des phases d’expansion, de saturation
et de transformation. Dans cette perspective, les tensions financières ne sont
pas seulement des accidents économiques. Elles signalent souvent les limites
d’un ordre historique et scientifique aux origines et répercussions
spirituelles profondes.
Lorsque
la circulation du capital ralentit dans un système trop concentré, la pression
économique et sociale s’accumule progressivement.
La
symbolique de la pierre noire — présente dans le nom même BlackRock — évoque
l’image d’un système devenu massif, concentré et rigide. Lundi
9 mars je révèlerai d’ailleurs un grand secret au sujet de la pierre noire et
du 11 mars 2026 sur mon blog. Pour ceux qui ne comprennent pas l’aspect
spirituel profond du nom même de BlackRock (la
ka’ba), je les invite à regarder attentivement (cherchez la pierre noire) « 2001 l‘odyssée de l’espace » de
Stanley Kubrick. Vous aurez les clés de lecture bientôt…
Pour revenir à nos moutons et
à leurs bergers, l’histoire montre que ces moments de tensions extrêmes précèdent
souvent de grandes ruptures et transformations.
CONCLUSION
Le
cas HLEND ne constitue pas une crise systémique. Mais il révèle les limites d’un
modèle financier fondé sur l’illusion d’une liquidité permanente dans des
actifs fondamentalement illiquides.
Dans
le même temps, la transformation silencieuse du marché des Treasuries et la
concentration massive du capital dans les grands gestionnaires d’actifs
modifient profondément l’architecture du système financier mondial. Le système
financier occidental n’est pas encore en rupture, il en est au bord. Plusieurs
signaux indiquent en effet qu’il entre dans une phase de tension structurelle
où les promesses de liquidité, de stabilité et de croissance infinie deviennent
de plus en plus difficiles à maintenir.
Une
des raisons majeures (le
fameux Remez, le deuxième niveau de lecture) de l’attaque de l’Iran est à
chercher ici. Trump connaît exactement la situation financière des USA. Comme
liquidateur de l’Empire, il tente de sauver ce qu’il peut, entraînant le monde
dans un chaos généralisé qui deviendra palpable le 11 mars 2026…